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Jour 2 - Santiago

Dernière mise à jour : 24 févr.

14h de vol c'est long, c'est très long, mais a l'arrivée, on aperçoit immédiatement un ciel bleu sans aucun nuage et il fait déjà 30 degrés !



L'aéroport — la bonne surprise

On avait prévu de la patience aux contrôles. On n'en a pas eu besoin.

L'aéroport Arturo Merino Benítez est récent, propre, et tout se passe avec une fluidité

Les bagages sont là, sans attente, aucune queue interminable à la douane ni ailleurs et le personnel est souriant et aimable : le premier contact avec le Chili est très positif.


On file vers le centre-ville. La route longe des quartiers modernes, des centres commerciaux, des tours en verre ; et au bout de chaque rue perpendiculaire, la même toile de fond ce sont les Andes.


Le Mercado Central — marché aux poissons

Premier déjeuner chilien, il se prend dans l'une des plus belles halles de fonte de la ville : le Mercado Central.

C'est une grande structure métallique de la fin du XIXe siècle, construite en Europe et montée ici pièce par pièce importé de l'autre bout du monde.

À l'intérieur, des étals débordants de poissons , des crustacés, des odeurs marines puissantes, et une douzaine de petits restaurants qui se font la guerre pour attirer le client. Les serveurs nous interpellent : c'est vivant, bruyant, joyeusement chaotique.


Les enfants sont rassurés, ils respirent : on peut quand même manger autre choses que du poissons ici.


Le repas est bon, encore un signal au vert.



La Vierge sur sa colline

L'après-midi, direction le Cerro San Cristóbal, une colline de 860 mètres qui s'enfonce dans la ville comme un doigt de montagne perdu entre les quartiers.

Pour monter au sommet, on prend les télécabines : petites et colorées elles sont fabriquées par POMA, une entreprise française qui équipe les stations des Alpes notamment.

Depuis le sommet, la vue est totale : d'un côté les Andes et de l'autre la ville, immense, s'étale à perte de vue.

Et au-dessus de tout ça, une statue de la Vierge de 14 mètres de haut, blanche, immaculée, érigée en 1908.

Notre guide lâche l'information avec le sourire : elle a été fabriquée à Paris, à la Fonderie du Val d'Osne. Coulée en France, démontée, chargée sur un bateau, traversée l'Atlantique, et remontée ici au sommet d'une colline chilienne.

Un peu comme la Statue de la Liberté, faite en France et montée à New York.

La vierge n'est pas la seule chose française dans cette ville.

Notre guide le confirme : la plupart des grands bâtiments anciens de Santiago ont été conçus par des architectes français ou par des architectes formés dans les écoles d'architecture de Paris au XIXe siècle. Le style haussmannien, les façades en pierre, les grandes perspectives ; on les retrouve partout, glissés entre des tours en verre ultramodernes.


Une ville ancienne et recente a la fois

Depuis le sommet, on sent que des tours récentes on poussées depuis peu de temps, l'architecture ancienne est magnifique et se bat pour se garder une place que les tours et les quartiers d'affaire lui ravissent.

Le guide explique ce paradoxe : le Chili est l'un des pays les plus sismiques du monde.

Les tremblements de terre ont fait le ménage depuis des siècles et ce que les séismes n'ont pas détruit, les promoteurs immobiliers s'en sont chargés après la fin de la dictature.

Depuis les années 1990, la démocratie a libéré les appétits de construction, et une tour remplace souvent tout un quartier de maisons anciennes en quelques mois.

Résultat : les vieux bâtiments se font de plus en plus rares.

Chaque façade ancienne encore debout a quelque chose d'un rescapé nous dit il avec un brin de nostalgie.

En effet pendant la dictature de Pinochet (1973-1990), la ville s'est gelée. Aucun grand investissement, aucune construction d'ampleur, une économie sous cloche.

Puis la démocratie est revenue et avec elle, une liberté économique qui a déclenché une fièvre immobilière encore active trente ans plus tard.

Le résultat reste très agréable : une ville qui mélange XIXe et XXIe siècle sans transition, comme si le temps avait sauté plusieurs décennies d'un coup.

La géographie sociale est simple à lire depuis là-haut. Notre guide pointe du doigt vers les Andes : plus on s'approche de la Cordillère, plus le quartier est chic. Les tours et les villas de luxe grimpent vers les contreforts, les quartiers populaires restent dans la plaine.



La Plaza de Armas — là où tout a commencé

On descend et on marche jusqu'au cœur historique.

La Plaza de Armas est l'endroit précis où Pedro de Valdivia a planté son drapeau en 1541 pour fonder la ville.

Le rituel espagnol était immuable : d'abord la place, puis la cathédrale, puis les bâtiments du gouverneur tout autour, puis la ville qui pousse. Ce schéma a été copié dans chaque ville d'Amérique latine pendant trois siècles (Buenos Aires, Lima, Mexico City…) toutes ont leur Plaza de Armas.

À quelques rues, l'Iglesia de San Francisco : le plus vieux bâtiment encore debout de Santiago, construit entre 1586 et 1628. En pierre volcanique sombre, trapu et massif, avec cette solidité qui dit clairement qu'il a survécu à des siècles de tremblements de terre chiliens.

Il a vu passer les conquistadors, les colons espagnols, l'indépendance, et Pinochet.

Notre guide glisse un détail qui change tout : Santiago est la limite sud de l'empire inca. C'est ici, dans cette région, que s'arrêtait l'expansion inca vers le sud, parce que les Mapuche, peuple du territoire, refusaient de plier. Ils ont résisté aux Incas. Ils résisteront ensuite aux Espagnols pendant deux siècles entiers.


Allende, Pinochet, et les couleurs politiques encore tres vives

Impossible de marcher dans Santiago sans parler de ça.

Le 11 septembre 1973 — vingt-huit ans pile avant le 11 septembre américain — les militaires de Pinochet bombardent le palais présidentiel. Salvador Allende, président élu démocratiquement, meurt dans les ruines.

La dictature s'installe pour dix-sept ans. Des milliers de personnes arrêtées, torturées, disparues.

Ce qui est troublant ici, c'est que les cicatrices politiques ne sont pas refermées.

Notre guide choisit ses mots avec soin : il y a des familles divisées, des générations qui n'ont pas le même récit, des gens qui défendent encore Pinochet et d'autres qui portent encore le deuil de proches disparus. L'histoire officielle chilienne est encore en train de s'écrire.

Il existe un musée à ce sujet que nous n'avons pas eu le temps de visiter ; le Musée de la Mémoire et des Droits Humains.


Le drapeau — qu'il est beau !

La journée finit sur une image qu'on n'attendait pas : On en a vu, partout, des drapeaux chiliens, mais celui-ci est démesuré, hissé sur un mât en plein centre-ville ; il ondule dans le vent du soir.

Il est si grand que son mouvement est presque irréel (trop lent, trop souple), comme du tissu liquide : "Papa, regarde on dirait de l'ìa".

On s'arrête tous sans se concerter. Et voici ce que notre guide nous apprend :

Le blanc : la neige des Andes, visible depuis presque partout dans la ville.

Le bleu : le ciel chilien et l'Océan Pacifique qui longe le pays sur 4 300 km.

Le rouge : le sang des patriotes dans la guerre d'indépendance contre l'Espagne.

L'étoile solitaire — La Estrella Solitaria — : les trois pouvoirs de l'État (exécutif, législatif, judiciaire). Façon de dire que le pouvoir appartient à tout le monde et à personne en particulier.



On finit l'après midi par un plongeon sur la piscine, sur le toit de l'immeuble avec vue sur toute la ville.

Les enfants ont déjà oublié qu'ils étaient dans un avion il y a douze heures.

Le Chili a commencé pour de vrai.


🎓Ce que ce jour dit du programme scolaire 🎓


🗺️ Géographie — "Habiter une métropole"

Le programme de géographie de 6ème explore la question "comment les humains habitent-ils différents espaces ?", avec un thème spécifique sur les métropoles et les risques naturels.

Santiago coche toutes les cases.

C'est une ville de 7 millions d'habitants organisée autour d'une contrainte géographique majeure (les Andes d'un côté, l'Océan Pacifique à 100 km de l'autre, la Cordillère comme mur). Le gradient social observé depuis le Cerro San Cristóbal (plus on monte vers les Andes, plus c'est chic) est un exemple parfait et visible d'organisation spatiale d'une métropole. Le risque sismique comme contrainte qui pèse sur la façon de construire et d'habiter est lui aussi au programme.

Le fun fact sur la latitude (même parallèle que Le Cap en Afrique du Sud) et pourtant il reste près de 2000km à parcourir pour atteindre le sud du continent et le détroit de Magellan


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