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Jour 7 - La Laguna Chaxa n'est pas le plus bel endroit de la terre

Dernière mise à jour : 11 mars

J'ai vu des endroits extraordinaires.

Le Serengeti à l'aube, avec les troupeaux qui se déplacent dans la lumière orange.

Les aurores boréales en Islande, Les récifs des Maldives, les Temples d'Angkor Vat en pleine foret tropicale...

Ce sont des endroit merveilleux, inoubliables, mais pour être honnête, ce qui s'est passé aujourd'hui avec la découverte de Laguna Chaxa m'a fait un effet que je n'avais pas prévu.

C'est difficile à expliquer sans avoir l'air de forcer le trait.


Les raisons qui me font penser que ce n'est le plus bel endroit de la terre

La première raison, c'est le chemin ; cet endroit ne s'atteint pas facilement.

Il y a eu des mois de préparation, quatorze heures d'avion, des escales, des correspondances, des heures de route dans le désert.

Quand on arrive quelque part qui a demandé autant, le regard n'est plus vraiment le même que lorsqu'on descend d'un hydravion devant un bungalow sur pilotis.

L'endroit porte le poids du chemin qui y mène, et ce poids-là change la façon dont on reçoit les choses.



La deuxième raison, c'est que je n'avais pas tant d'image en tête pour me préparer à ce que j'ai vu, si ce n'est des photos que je considérais comme largement modifiées, voir trafiquées.

Ces photos, les récits lus, les attentes accumulées pendant des semaines finissent par construire une image intérieure que la réalité devait confirmer ou décevoir.

Cette peur de la déception était réelle.

Aujourd'hui, la réalité a débordé l'image que je m'en était faite. Et ce débordement-là produit quelque chose d'assez difficile à décrire : quelque chose qui ressemble énormément à de la gratitude.

Le blanc du sel, le bleu saturé du ciel à 4 000 mètres où l'atmosphère est plus fine qu'ailleurs, les volcans au loin, et dans tout ça, les flamants roses. Des flamants roses en pleine nature... et quelle nature.



La troisième raison est plus difficile à formuler :

Ici, l'immensité est silencieuse. Pas un bruit humain, pas une construction visible, pas le moindre signe que notre espèce ait jamais eu de prise sur ce paysage.

Juste le sel blanc, le ciel, les volcans, et ces oiseaux improbables qui semblent appartenir à un autre âge du monde. Et dans ce silence-là, quelque chose de particulier se produit : on se met à penser à une échelle différente.

Ce salar existe depuis des millions d'années. Il existera des millions d'années après nous.

Ce type de pensée est aussi vertigineuse qu'exaltante.

Se sentir petit dans un endroit pareil, c'est une libération momentanée du poids de soi-même. Tout ce qui occupe l'esprit en temps normal, les projets, les inquiétudes, les listes de choses à faire, s'efface complètement. Il ne reste que le sel, le ciel, les flamants, et la conscience d'être là.

Les philosophes appellent ça le sentiment du sublime, cette expérience d'une beauté trop grande pour être simplement contemplée, qui génère simultanément de l'émerveillement et la conscience aiguë de sa propre relativité dans l'ordre des choses. Kant en parlait comme d'une des expériences les plus profondes accessibles à l'être humain. Il avait probablement raison (mais il n'est jamais allé à Laguna Chaxa).



Ce qui m'a frappé aussi, c'est le caractère irrémédiablement éphémère de ce moment.

Les photos existent, et j'en ai fait beaucoup, elles sont superbes, mais elles ne contiennent pas le silence, ni l'altitude, ni la lumière exacte de cet après-midi-là.

Et ce soir c'est déjà un souvenir, dans quelques années un souvenir de souvenir. Alors on regardé plus attentivement, on a respiré plus lentement, on a gravé ça quelque part en soi avec plus de soin qu'on ne le fait d'habitude. C'est peut-être ça aussi, le voyage : ces rares moments où l'on est pleinement conscient de vivre quelque chose qui mérite d'être vécu.


Il y a aussi quelque chose de très poétique dans la configuration du lieu.

Mais la poésie, ici, résiste aux mots.

Et c'est peut-être ça le plus important : Laguna Chaxa ne se regarde pas, il se vit ; debout, les pieds ancrés dans la réalité la plus concrète qui soit.

Ce n'est ni une image sur un écran, ni une photographie retouchée, et encore moins une composition générée par une intelligence artificielle à partir de mots-clés.

Cette différence-là est immense.

Elle est même, peut-être, la seule raison valable de voyager aussi loin.

Et malgré tout le chemin parcouru, nous sommes là, tous les 4, un vendredi après-midi de février en ce demandant si nous sommes certains de l'avoir vraiment mérité.


Je ne sais pas si c'est le plus bel endroit de la Terre.

Mais il m'a énormément affecté, et c'est ce qui me fait dire qu'aujourd'hui, j'ai vu l'un des plus beau paysage de ma vie.




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