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jour 5 - L'Atacama commence dans les airs.


La journée a commencé à Valparaíso et s'est terminée sur une autre planète.


Entre les deux, un vol intérieur et une heure et demie de route rectiligne à travers le désert.

Le vol Santiago-Calama longe la cordillère des Andes par le nord.

Depuis le hublot, le spectacle est immédiat. Des centaines de kilomètres de reliefs dans des nuances d'ocre, d'ambre et de brun sombre, sous un ciel bleu absolu avec quelques nuages qui projettent leurs ombres sur les pentes.

Aucune végétation, aucune route visible, aucun signe humain. Juste la géologie à l'état pur, telle qu'elle s'est construite sur des millions d'années.

La cordillère vue d'avion touche quelque chose de profond. On pense à l'immensité, au temps long, aux explorateurs qui ont mis des mois à franchir ces cols à pied ou à cheval.

Et on pense aussi, inévitablement, aux Survivants. En octobre 1972, l'avion d'une équipe de rugby uruguayenne s'écrase dans ces montagnes. Seize survivants resteront soixante-douze jours dans la neige, à plus de 3 500 mètres d'altitude, avant d'être secourus. Ils survivront en se nourrissant des corps de leurs compagnons morts.

L'histoire a été racontée dans le livre Les Survivants et portée plusieurs fois au cinéma. Survoler la cordillère en le sachant lui donne une dimension supplémentaire.

Je venais de terminer Les Naufragés du Wager de David Grann, l'histoire d'un navire anglais échoué en 1741 sur les côtes de Patagonie, plus au sud sur ce même continent. Même isolement, même dénuement, même question posée à deux siècles d'intervalle.

Cette partie du monde semble avoir une façon particulière de mettre les hommes face à leurs limites.



À l'aéroport de Calama, on sort de l'avion dans une chaleur sèche et une lumière crue. La route vers San Pedro de Atacama est plate et rectiligne sur cent kilomètres.

On peut compter les virages sur les doigts d'une main. Les véhicules devant nous se réduisent à des points minuscules avant même qu'on ait le temps de les dépasser. Le désert s'étend de chaque côté, alternant entre plaines caillouteuses et petites collines qui surgissent sans prévenir.

On se sent vraiment ailleurs, sur une planète dont on n'aurait pas encore appris le nom.

Et puis, au loin, il apparaît. Parfaitement conique, enneigé au sommet, caricaturalement volcanique comme si quelqu'un l'avait dessiné pour illustrer un manuel de géographie. C'est le Licancabur, 5 916 mètres. Son nom vient de la langue des Atacameños, le peuple qui vit dans ce désert depuis des millénaires.

Il signifie "la montagne du peuple". Il veille sur San Pedro de Atacama depuis toujours, visible de partout, repère absolu dans un paysage qui n'en a pas beaucoup.



On est arrivés en fin d'après-midi. L'air est sec, la lumière rasante, et les murs en adobe de San Pedro brillent dans le soleil de fin de journée.

Ce soir, sortie astronomique. Le ciel de l'Atacama est l'un des plus clairs au monde ; on nous a promis des étoiles comme on n'en a jamais vu, mais à peine arrivé nous apprenons que cette sortie est annulée à cause des nuages, pour la plus grande déception des petits et des grands...

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