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Jour 3 - Cordillère des andes, volcan, lac turquoise et condor

Dernière mise à jour : 24 févr.

La première chose qui nous a surprise ce matin, ce sont les rayons du soleil qui sont apparus à son levé.

Au départ on a cru à un reflet de la vitre alors on est sorti vérifier de plus pret et ce qu'on a vu était spectaculaire.

Des rayons lumineux immenses s'élancent depuis derrière la ligne des Andes comme un dessin d'enfant : blancs, bleus, rosés.


Ces traits de lumière ont un nom : les rayons crépusculaires. Et la première chose à savoir, c'est qu'ils sont une illusion.

Le soleil n'est pas encore visible, il est caché derrière les Andes. Mais sa lumière passe par-dessus la chaîne de montagnes.

Sauf que certains sommets la bloquent, d'autres la laissent filer. Résultat : des bandes alternées d'ombre et de lumière qui montent vers le ciel, comme les rayons d'une roue de vélo.

On le voit ici parce que l'air de Santiago au petit matin est exceptionnellement sec et propre. En Europe, l'humidité et la pollution brouillent les contrastes, mais ici, l'air venu de la Cordillère est cristallin. Les bandes d'ombre sont très tranchées.


Baños Morales — 34 habitants, source volcanique, fossiles du Jurassique

À 1 800 mètres d'altitude, niché entre deux rivières qui se rejoignent au fond du canyon, Baños Morales est un village de 34 habitants. Trente-quatre. Moins que dans une classe de lycée.

On s'arrête, on regarde. Le paysage est stupéfiant : des parois ocre qui tombent verticalement de toutes parts, on a vu de nombreux lit de rivière, totalement asséchés en cette période. Notre guide nous explique qu'en hivers, la neige recouvre le paysage sur une épaisseur de 2 à 3m par endroit.

Au fond de la vallée Volcán San José — 5 856 mètres, actif, dont la dernière éruption date de 1960. La chaleur souterraine du volcan chauffe les nappes phréatiques qui remontent en surface, chargées en minéraux. C'est pour ça que les sources sont chaudes et que l'eau a cette légère odeur de soufre qui trahit ses origines.

Et notre guide de nous indiquer qu'il a trouvé de nombreux fossiles marins au sol de la zone : ces roches autour de vous, ces falaises ocre qui semblent avoir toujours été là étaient autrefois au fond de l'océan.

Ce qu'il a trouvé ce sont des fossiles d'ammonites et de mollusques marins datant de 150 millions d'années, époque Jurassique.

Ce sont les mouvements tectoniques (la plaque de Nazca qui pousse sous la plaque sud-américaine) qui ont soulevé tout ce fond marin sur des millions d'années pour en faire les Andes. Vous êtes debout sur de l'ancien fond de mer.


Nous avons donc évoqué ensemble le sujet de la tectonique des plaques et notamment le sujet de la subduction (quand une plaque océanique s'enfonce sous une plaque continentale).


Le lac — turquoise, reserve d'eau douce

Depuis San Gabriel, on prend la piste vers l'Embalse El Yeso. Et là, au détour d'un virage, l'eau apparaît.

Turquoise. D'un turquoise vif, presque agressif, qui n'a pas l'air naturel et qui l'est pourtant totalement.

Encadré par des parois rocheuses grises et un ciel d'un bleu profond, c'est le genre de photo qu'on regarde en se disant que le photographe a forcé les couleurs, mais non.


Pourquoi cette couleur ? Les glaciers andins fondent et libèrent des particules minérales très fines — principalement du calcite — en suspension dans l'eau. Ces micro-particules diffusent la lumière bleue et verte du spectre solaire, ce qui donne cette teinte irréelle que les glaciologues appellent la "farine glaciaire".

Ce lac n'est pas qu'un beau décor. Il a été construit en 1964 pour alimenter Santiago en eau potable. Il stocke 250 millions de mètres cubes — la ville de 7 millions d'habitants boit littéralement l'eau des glaciers andins. Le lien entre la montagne et la ville est ici d'une clarté absolue.


Le condor — cadeau du ciel

On ne le cherchait pas vraiment, parce que les guides le disent clairement : voir un condor en vol libre, ça ne se commande pas.

Et pourtant, ils étaient là, plusieurs silhouettes noires et blanches qui dessinaient des cercles lents au-dessus du canyon, sans un battement d'ailes, portés par des courants invisibles.

Avec leurs trois mètres d'envergure, ce sont les plus grands oiseaux volants de la planète, et ça se voit. Ils planent sans effort apparent, pendant des heures, remontant les thermiques jusqu'à disparaître dans l'azur, ce que les peuples andins précolombiens interprétaient littéralement comme un aller-retour entre le monde des hommes et le monde des dieux. Pour les Incas, le condor n'était pas un oiseau parmi d'autres : il incarnait le Hanan Pacha, le royaume céleste, et transportait sur ses ailes les âmes des défunts vers le ciel. Il formait avec le puma et le serpent, la trinité sacrée des Andes : le ciel, la terre, le monde souterrain.

Au Chili, il figure sur les armoiries nationales, symbole de force, aux côtés du huemul, cerf des montagnes du Sud. Et dans la culture populaire chilienne, il est le héros d'une bande dessinée née en 1949 — Condorito — devenue aussi culte en Amérique latine que Snoopy peut l'être en Europe.

Voir voler de vrais condors dans leur canyon, est une véritable expérience, car on les voit de très loins et on imagine leur taille en proportion et ils ont l'air impressionnants.



🎓 Aujourd'hui 🎓

la montagne avait mieux à dire

que n'importe quel cours


SVT "La Terre, une planète active"

C'est le lien le plus direct et le plus solide avec le programme de 6ème.

Les élèves étudient en SVT la tectonique des plaques, les séismes et les volcans — pourquoi la Terre tremble, comment ça fonctionne, où ça se passe dans le monde.

Santiago illustre ce programme de façon saisissante et vécue.

Voir les Andes, c'est voir en direct le résultat de la collision entre la plaque de Nazca et la plaque sud-américaine.

Comprendre pourquoi Santiago perd ses vieux bâtiments, c'est comprendre concrètement ce que provoque une zone de subduction active. Le séisme de 1960 (magnitude 9,5 - ressenti en Alaska et jusq'au Japon) est l'exemple-choc parfait pour ancrer une leçon sur l'échelle de Richter.

Les enfants ne liront plus ce chapitre de la même façon.



Pour aller plus loin : c'est quoi la subduction


Géographie, "Habiter un espace à fortes contraintes"

La dépendance d'une grande métropole à ses ressources naturelles de montagne est exactement la question posée en géographie de 6ème. Santiago boit l'eau des Andes — sans glaciers, pas d'eau potable pour 7 millions de personnes.

C'est aussi une entrée directe sur les enjeux climatiques concrets : le recul des glaciers n'est pas une abstraction, c'est une menace directe sur le robinet d'une capitale.

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