

kyoto
19 au 21 juillet
Le Japon qu'on est venu chercher
kyoto
Kyoto commence par une maison.
Pas un hôtel, pas une résidence de tourisme : non, une vraie petite maison japonaise, trouvée sur Airbnb, qui attendait notre arrivée en milieu de journée avec ses plafonds très bas, ses tatamis, ses cloisons en papier, et sa façade en bois sombre qui donnait sur une ruelle calme.
Pas de canapé.
Pas de mobilier occidental.
Un jardin intérieur minuscule, traversé d'un couloir à ciel ouvert qui menait à la salle de bains.
On posait les pieds dans ce lieu et on comprenait immédiatement qu'on avait eu de la chance : c'était authentique sans être muséifié, simple sans être inconfortable. Kyoto prenait d'emblée une autre saveur que Tokyo, plus intime, plus ancienne, plus silencieuse.
C'est là que nous avons retrouvé des amis, présents à Kyoto pour le travail.
Et c'est là que la surprise a été annoncée.

Ce soir-là, notre ami nous avait réservé une magnifique surprise, quelque chose que les touristes non avertis ne trouvent pas seuls.
Le sanctuaire Shimogamo-jinja est l'un des plus anciens lieux de culte shinto du Japon — fondé au VIe siècle, soit des siècles avant que Kyoto ne devienne capitale. Il est niché au cœur d'une forêt primitive appelée Tadasu no Mori, la « forêt où les mensonges sont révélés », dont les arbres atteignent six cents ans d'âge. C'est un site du patrimoine mondial de l'UNESCO, et c'est aussi, en ce soir de juillet, le théâtre du Mitarashi Matsuri — l'un des festivals estivaux les plus anciens de la ville.
Le rituel est simple et précis : les fidèles marchent pieds nus autour de l'étang Mitarashi, tenant une bougie allumée, pour se purifier de leurs péchés et impuretés, et boire l'eau bénite de la source.
L'eau jaillit naturellement du sol en ce jour particulier du calendrier lunaire, le « jour du Bœuf » à la fin juillet, et celui qui y trempe ses pieds se voit protégé des épidémies pour l'année.
Les enfants portaient ce soir-là les kimonos qu'on leur avait offerts. Ils avançaient dans la file, pieds nus sur les pierres lisses, la bougie à la main, avec un sérieux qu'on ne leur avait pas demandé. Autour d'eux, des familles japonaises, des personnes âgées, des jeunes couples, tous dans la même procession lente, le même silence recueilli, la même eau fraîche qui remontait jusqu'aux chevilles dans la chaleur du soir.
Ce n'était pas un spectacle pour touristes. C'était une cérémonie vivante, pratiquée depuis des siècles, à laquelle on avait eu la grâce d'être associés.
À la sortie du temple, une petite fête de quartier avait déployé ses stands de nourriture et ses jeux d'été. Des enfants pêchaient des poissons rouges dans des bassins avec des épuisettes en papier de riz. Les nôtres ont rejoint le jeu immédiatement, avec la même concentration qu'ils auraient mise à n'importe quelle chose importante.
Mitarashi Matsuri

Après la cérémonie, on a déambulé dans le quartier de Gion, le plus ancien quartier de Kyoto, celui des machiya (ces maisons de ville en bois aux façades étroites et aux intérieurs profonds), des maisons de thé et des geishas.
Le soir tombant adoucissait la lumière sur les pavés, les lanternes s'allumaient une à une devant les entrées discrètes, et l'ensemble dégageait quelque chose de rare dans ce voyage : le sentiment que le temps avait vraiment changé de régime.
Sorti des grandes avenues, Gion se parcourt à pied dans des ruelles où chaque porte semble garder un secret.
Ce soir-là, nous étions six adultes et quatre enfants, et plusieurs restaurants nous ont refusé l'entrée ; poliment, définitivement. Ce n'est pas de la mauvaise volonté : certains établissements de Gion ne reçoivent que sur recommandation, ou n'accueillent tout simplement pas les grands groupes, ni les enfants.
C'est une autre forme de cette discrétion japonaise, celle qui ne s'explique pas, qui ne s'excuse pas non plus, et qui trace des frontières invisibles autour de certains espaces.
On s'est donc rabattus sur le Hard Rock Café, qui enchaînait les anniversaires avec l'enthousiasme d'un lieu qui n'a pas peur du bruit.
C'était parfaitement décalé, un peu absurde, et finalement assez drôle après la solennité du temple.
gion
By night
les temples
À Kyoto, la question n'est pas de savoir quels temples visiter.
Elle est de savoir lesquels choisir : parce qu'il y en a des centaines, et que juillet ne pardonne pas à ceux qui veulent tout voir d'un coup.
On a trouvé un rythme qui a bien fonctionné : temple ou site le matin tôt, avant que la chaleur et les foules ne s'installent pleinement ; retour à la maison pour déjeuner et repos dans les heures les plus lourdes de l'après-midi ; puis ressortir en fin de journée, quand la lumière baisse et que les pierres ont un peu soufflé.
Fushimi Inari-Taisha était une étape qui avait, pour une bonne part, motivé ce voyage. Dix mille torii vermillon, ces portiques shinto offerts par des familles ou des entreprises depuis des siècles, qui forment des tunnels sur les flancs du mont Inari.
L'ascension commence au niveau de la ville et monte progressivement dans la forêt, la lumière se filtrant entre les portiques dans une succession de rouges et d'ombres qui change à chaque détour du chemin. On n'a pas été déçus.
Ce qu'on n'avait pas anticipé, c'est l'anecdote humaine que cache ce lieu : derrière chaque torii, gravé dans le bois, figure le nom de la famille ou de l'entreprise qui a financé son installation. Plus le portique est proche de l'entrée principale, plus il a coûté cher. C'est une forme de mécénat shinto millénaire ; les grandes fortunes s'offrent une place d'honneur au seuil du sacré.
On regarde différemment les portiques après avoir su ça.
À deux pas de la maison, un musée dédié aux samouraïs n'était pas au programme initial. On y est entrés par curiosité et par proximité. C'était une belle surprise — armures, katanas, reconstitutions d'une précision remarquable. Les enfants sont ressortis convaincus que la journée avait bien commencé.
les taxis
À Kyoto, on ne prend pas le métro pour tout. On prend des taxis.
Et les taxis japonais méritent leur propre paragraphe.
Les applications de type Uber fonctionnent, mais ce sont des taxis officiels qui répondent aux demandes, pas des chauffeurs privés concurrents.
Le Japon a apparemment trouvé un équilibre entre les deux, évitant la guerre tarifaire qu'on connaît ailleurs.
Ce qui frappe, dans chaque taxi sans exception, c'est le soin apporté à l'accueil : des petits napperons de dentelle sur les appuis-têtes, et le chauffeur en gants blancs. Toujours. C'est un détail qui dit beaucoup sur ce pays : cette conviction profonde que le service, quel qu'il soit, mérite d'être accompli avec une forme de tenue.
































