

SHIRAKAWA-GO & TAKAYAMA
18 et 19 juillet
Le Japon qu'on est venu chercher
shirakawa-go
du vert, du bois
et des carpes
La première chose qui frappe en entrant dans le village de Shirakawa-go, c'est la couleur des rizières.
Un vert intense, presque irréel — le genre de vert qu'on associe aux filtres photographiques plutôt qu'à la nature directe.
Et pourtant, il était là, brut, sous le soleil de juillet, s'étendant de part et d'autre du chemin comme un tapis tendu exprès pour l'arrivée.
Le village est classé au patrimoine mondial de l'UNESCO pour ses maisons gassho-zukuri, ces constructions dont les toits de chaume très pentus évoquent des mains jointes en prière.
Mais ce qu'aucune photo ne transmet vraiment, c'est la façon dont ces toits, recouverts de mousse épaisse et dense, se fondent dans le paysage comme s'ils en faisaient naturellement partie. Le bâti et le vivant ne font qu'un.
Un petit cours d'eau traverse le village, des carpes y évoluent lentement, visibles depuis les passerelles, indifférentes aux touristes qui se penchent pour les regarder.
Les potagers devant les maisons sont soignés, abondants, chacun différent du suivant. Partout, la même absence de déchets dans la rue (et nous, les poches pleines de nos emballages, faute de trouver une poubelle).
Le Japon apprend vite à voyager avec un sac dédié.
Le point de vue sur le village, en quelques minutes de montée depuis le bas, offre la photographie emblématique : les toits de chaume en cascade, le vert des rizières, les montagnes en fond.
On s'était inquiétés de la chaleur pour cette ascension. C'était finalement une promenade douce, accessible, et la vue valait largement l'effort.
C'est à Takayama qu'on a déjeuné, dans un petit restaurant familial qui ressemblait à une image d'Épinal du Japon quotidien.
Un couple et ses parents se partageaient la cuisine et le service, chacun à sa place, dans un silence efficace et chaleureux.
On y a mangé des sushis : simples, frais, précis.
Pas de mise en scène, pas de décorum : juste la cuisine de gens qui savent ce qu'ils font et le font bien.
Ce sentiment d'authenticité, difficile à décrire mais immédiat à ressentir, est une des choses qu'on cherche dans les voyages et qu'on trouve rarement aussi facilement.
L'après-midi, les vélos électriques proposés par notre hébergement nous ont permis de sillonner la vieille ville à notre rythme : les ruelles de l'ère Edo avec leurs brasseries de saké, leurs boutiques d'artisanat, leur atmosphère préservée avec le même soin obstiné qu'on avait déjà observé à Kanazawa. C'était une des meilleures façons de visiter qu'on ait trouvées au Japon.
takayama
Kenroku-en : la sérénité enfin
Ce soir-là, on a réservé notre premier onsen : ces bains thermaux japonais qui sont autant une pratique culturelle qu'un moment de bien-être.
Nous avions opté pour une version privative, pour deux raisons pratiques : la mixité n'est pas tolérée dans les onsens publics et à l'âge de nos enfants, l'idée ne nous avait pas semblé idéale.
L'autre raison, plus anecdotique, tenait à nos tatouages, discrets mais présents, et les onsens traditionnels les tolèrent encore peu, même en 2025.
Le bain privatif promettait donc une expérience sereine, apaisante, presque méditative.
Les enfants en ont décidé autrement.
Le temps d'installer tout le monde, d'expliquer le fonctionnement, de se glisser dans l'eau chaude avec les meilleures intentions relaxantes et les premiers seaux d'eau froide avaient déjà été lancés.
S'en est suivi un chahut joyeux et bruyant qui aurait certainement choqué nos voisins d'un bain collectif. Le choix du privatif s'est révélé, rétrospectivement, d'une sagesse absolue.
Le soir, en cherchant où dîner, on a poussé la porte d'un restaurant plus grand que ce à quoi on s'était habitués, sans être une chaîne pour autant.
La salle était divisée en boxes fermés par des portes coulissantes, avec des cloisons qui ne montaient pas jusqu'au plafond, ce qui donnait une intimité sans enfermement.
On y grillait soi-même sa viande sur un réchaud encastré dans la table (une spécialité de la région) et les enfants, qui avaient jusque-là boudé certains plats locaux avec plus ou moins de diplomatie, ont été conquis immédiatement.
Par le goût, d'abord. Par le fait de cuisiner eux-mêmes, ensuite.
En passant devant les autres boxes, on apercevait d'autres groupes de dîneurs.
Dans l'un d'eux, des hommes en costume : des salarymen (ces employés de bureau japonais dont la culture du travail et de la décompression nocturne est un cliché que le Japon assume pleinement) fumaient, riaient fort, et semblaient avoir commencé la soirée bien avant nous.
C'était amusant à observer, presque rassurant : sous la discipline impeccable du Japon diurne, il y a une vie nocturne qui se lâche, sans ostentation mais sans retenue.
Un cliché coché, comme on s'est dit ce soir-là : et un de ceux qu'on est contents d'avoir vus.
























