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Image de Kevin Charit

kawagushiko
24 au 27 juillet

Le mont Fuji

le cimetière okunoin

Avant même de partir, on avait vu mille fois cette montagne sans jamais la voir vraiment.

Le Mont Fuji est partout dans la culture japonaise exportée vers l'Occident : sur les boîtes de thé, les éventails de papier, les affiches de voyage, les produits dérivés de tout acabit.

Mais c'est dans une estampe vieille de presque deux siècles qu'il a trouvé sa représentation la plus célèbre et la plus universelle : La Grande Vague de Kanagawa de Katsushika Hokusai, que certains appellent la Joconde nationale du Japon.

Publiée en 1830 ou 1831, cette estampe est la première d'une série intitulée Trente-six vues du mont Fuji, dans laquelle l'utilisation du bleu de Prusse renouvelait le langage de la gravure japonaise.

On y voit une vague monstrueuse sur le point de s'abattre sur des barques de pêcheurs et au fond, minuscule, serein, impassible, le cône enneigé du Fuji.

Hokusai crée une forte opposition symbolique : d'un côté les flots destructeurs aux formes mouvantes et éphémères, de l'autre un volcan sacré, paisible et éternel.

 

Ce qui rend cette œuvre singulière, c'est aussi ce qu'elle dit des échanges entre le Japon et l'Occident : sa composition, synthèse de l'estampe japonaise traditionnelle et de la perspective occidentale, lui valut un succès immédiat au Japon, puis en Europe, où elle fut une des sources d'inspiration des impressionnistes. Monet, Degas, Renoir, Debussy pour La Mer : tous ont regardé cette vague.

Et nous, en arrivant au lac Kawaguchiko, on comprenait enfin d'où venait cette montagne qu'on croyait connaître.

Le Fuji-san culmine à 3 776 mètres. C'est le point le plus haut du Japon, un stratovolcan en sommeil depuis 1707, et l'un des sites les plus photographiés au monde.

Il est classé au patrimoine mondial de l'UNESCO non seulement pour sa valeur naturelle, mais aussi pour son rôle dans la culture et la spiritualité japonaises depuis des siècles : lieu de pèlerinage, sujet de milliers d'œuvres, symbole national d'une puissance tranquille.

En été, le Fuji se montre rarement sans nuage : c'est une des règles tacites du volcan, il se dévoile quand il le décide, pas quand on le lui demande.

On l'a observé pendant quatre jours au rythme de ses humeurs : dégagé le matin, enveloppé l'après-midi, réapparu le soir dans des teintes roses et grises. Même derrière les nuages, il est majestueux.

On a pris les vélos électriques pour faire le tour du lac Kawaguchiko.

La route longe l'eau, traverse de petits villages, offre des points de vue changeants sur le Fuji selon l'heure et la météo.

On circulait facilement, sans pression, au rythme du volcan et de ses nuages.

Un détail a capté l'attention sur la route : un petit chantier de voirie, quelques mètres de travaux sur la chaussée. Balisé par des dizaines de plots rouges et blancs, des panneaux lumineux, et, à l'entrée comme à la sortie, un agent en gilet climatisé sous son parasol personnel, agitant un drapeau orange avec le sérieux d'un chef d'orchestre.

Pour trois mètres de bitume retourné. On n'a pas pu s'empêcher de sourire, mais c'est aussi ça, le Japon : rien n'est laissé au hasard, même ce qui semble ne pas en valoir la peine.

Sur le lac, des familles proposaient des tours en bateau motorisé depuis des générations : des petites embarcations rapides qui filaient sur l'eau calme avec le Fuji en toile de fond.

En revanche, pas de plage aménagée, pas de baigneurs : les bords du lac restent bruts, naturels. Le lac se regarde, se navigue, ne se baigne pas.

Une pause dans un café à l'architecture coloniale européenne : tables en fer forgé, boiseries claires, un anachronisme charmant au pied d'un volcan japonais, a conclu l'après-midi.

L'établissement n'acceptait pas les cartes bancaires. Et à l'entrée, une affiche prévenait les visiteurs, avec une politesse ferme : ici, n'abusez pas des photos.

On a rangé les téléphones. On a bu le café. On a regardé le Fuji par la fenêtre.

balade a velos

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