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tokyo
08 au 15 juillet 2025

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l'arrivée
les premières impressions

Le premier contact avec Tokyo ne se fait pas dans la rue. Il se fait dans le métro.

La rame est climatisée, on pénètre dans une bulle à dix-huit degrés où les passagers se tiennent debout, silencieux, les yeux baissés sur leurs téléphones ou perdus dans un vague intérieur.

Personne ne parle, personne ne s'accroche au regard de l'autre. Dans ce wagon encore bien plein à cette heure tardive, le silence est complet, solennel.

Ce n'est pas la gêne, ni la froideur : c'est une convention sociale portée à sa forme la plus accomplie. Pour nous qui arrivons de Paris, où le métro est une arène sonore et nerveuse, c'est le premier choc, plutôt déconcertant.

Et puis, l'autre chose qui frappe immédiatement c'est l'homogénéité des visages.

Tokyo est une des plus grandes métropoles du monde, et pourtant elle ressemble, en surface, à une ville sans immigrés. L'absence de mixité raciale visible, si naturelle dans nos grandes villes européennes, produit une sensation étrange, l'impression de traverser un espace où les codes de la mondialisation que l'on connaît n'ont pas pris la même forme.

Si le silence dans les rames est une surprise, naviguer dans le réseau en est une autre, et de taille.

Rien n'est écrit en anglais, tout est en japonais.

Et Tokyo n'a pas un métro mais plusieurs : des lignes gérées par des compagnies différentes, des stations qui portent parfois le même nom sans se connecter au même endroit, des correspondances qui exigent de remonter en surface, de traverser un couloir commercial, de descendre ailleurs.

Pour des Parisiens habitués à un réseau unifié et balisé, la déroute est réelle les premiers jours ; on a testé plusieurs applications avant de se rendre à l'évidence : Google Maps reste l'outil le plus fiable, non pas pour son plan, mais parce qu'il indique étape par étape comment rejoindre physiquement une ligne depuis une autre.

Ce détail change tout.

 

On a appris aussi une particularité tokyoïte qui en dit long sur le rapport des Japonais au commerce : certains immeubles / centre commerciaux ont négocié, avec les compagnies privées de métro, l'installation de leurs stations directement dans les sous-sols : le flux de voyageurs et le flux d'acheteurs ne font qu'un.

On entre dans le métro, on sort dans un centre commercial, sans jamais vraiment avoir quitté l'intérieur.

Le métro, une géographie à part entière

Une ville qui se dévore à la verticale

Dans la rue, une autre logique surprend le Parisien.

À Tokyo, les commerces ne s'étalent pas en rez-de-chaussée le long des avenues, ils s'empilent.

Un café au quatrième étage, une boutique de cartes Pokémon au sixième, un restaurant de ramen au deuxième d'un immeuble qu'on croyait de bureau. Au pied de ces bâtiments, de petites plaques indiquent, étage par étage, ce qui se cache là-haut.

Il faut apprendre à lever les yeux, à ne pas chercher l'enseigne au niveau du regard.

C'est contre-intuitif, au début. Et puis on comprend que cette verticalité est une réponse pragmatique à la densité : quand le sol est saturé, on monte.

La ville entière fonctionne ainsi : vers le haut, vers le bas, vers l'intérieur. 

Ce qui ne manque pas, en revanche, au rez-de-chaussée, ce sont les commerces de bouche.

On peut acheter à manger à Tokyo à n'importe quelle heure, dans n'importe quel quartier : une brochette devant un konbini, un bol de soupe dans une échoppe grande comme un couloir, un bento préparé le matin même dans le rayon frais d'un supermarché.

La nourriture est partout, accessible, souvent excellente, et — première surprise — étonnamment peu chère.

Il y a pourtant une chose qui rompt brutalement avec le silence ambiant, et qu'on n'avait pas anticipée : la publicité.

Dans certaines rues commerçantes, des panneaux vidéo géants diffusent leurs messages à plein volume, créant une cacophonie qui tranche de manière saisissante avec la discrétion des passants qui défilent dessous sans broncher.

La même chose se reproduit à l'intérieur de certaines boutiques.

Chez Daiso ou dans les enseignes du type d'Alibaba, ces grandes surfaces d'articles accessibles, particulièrement bien dotées en produits de beauté, chaque rayon est tapissé d'écrans format tablette qui hurlent leurs réclames en simultané : images saturées, couleurs criardes, sons superposés.

On n'y comprend rien, évidemment, c'est en japonais me direz vous, mais même en le sachant, on ne comprend pas davantage. C'est assourdissant, visuellement épuisant, et profondément déconcertant quand on vient de traverser un métro où personne n'élève la voix.

Tokyo est une ville silencieuse habitée par une publicité qui crie. Ce paradoxe-là, on ne l'avait pas vu venir.

paradoxe sonore

ce qu'ont vu les enfants

Le McDonald's inaugural
la nourriture
en general

La première chose que les enfants ont demandé en débarquant à Tokyo, c'est d'aller au McDonald's.

On avait beau avoir préparé le voyage pendant des mois, s'être documentés sur la cuisine japonaise, la première demande, formulée avec le plus grand sérieux, portait sur un hamburger. Paraît-il que c'est le meilleur McDonald's du monde.

On a cédé, sans trop de résistance, parce que l'atterrissage culturel se fasse en douceur. Et la surprise est venue d'ailleurs : l'addition était ridiculement basse. Manger au Japon ne coûte pas cher, et c'est une constante qui ne s'est jamais démentie pendant trois semaines.

Passé le hamburger inaugural, on a tenu a ce qu'ils testent la cuisine local.

Le grand succès, sans conteste : les restaurants où l'on commande sur tablette tactile et où les plats arrivent sur un tapis roulant qui défile devant soi. L'amusement a été immédiat, total, sincère.

Mais une fois l'enchantement de la nouveauté dissipé, les bilans sont devenus plus nuancés. On a entendu cette phrase, prononcée avec le mélange de gravité et d'exagération propre aux enfants de onze ans :

 

« C'est dommage cette nourriture

Sans ça, ce pays est tellement génial qu'on pourrait y passer toute la vie. »

Nous, adultes, on s'est régalés.

On connaissait déjà la réputation de cette cuisine, et les découvertes ont été nombreuses et souvent remarquables.

Dans les supermarchés, et on y est allés souvent, par curiosité autant que par nécessité, les rayons frais débordent de plats préparés quotidiennement, de qualité remarquable, emballés avec un soin qui ferait rougir nos épiceries de quartier.

 

Mais pour les enfants, le moment fort se jouait ailleurs dans ces mêmes rayons : devant les murs de bonbons.

Des saveurs improbables, des textures inattendues, des emballages d'une créativité débordante. Ils en auraient fait le tour du monde.

 

Les toilettes japonaises ont constitué un chapitre à part entière du voyage.

À chaque étape : hôtel, restaurant, gare, parfois même certaines boutiques, la même cérémonie s'est répétée : les enfants poussaient la porte, découvraient la tablette de commandes, les fonctions chauffante, lavante, séchante, et on les entendait depuis le couloir : gloussements d'abord, puis un cri, puis le bruit caractéristique d'un jet d'eau qui ne va pas où il devrait.

Ils sont ressortis arrosés la première fois, et ravis.

 

"y'a même un sèche cheveux !!"

Par la suite, le test des toilettes est devenu un rituel de voyage à part entière, une notation systématique, un sujet de conversation récurrent.

Partout, c'était immaculé.

Partout, impeccable.

Les petits bonheurs du quotidien

La ville kawaii, les cosplays

L'univers manga imprègne Tokyo de manière si diffuse et si totale qu'on finit par ne plus savoir si c'est la ville qui a produit cette culture ou si c'est cette culture qui a fabriqué la ville.

Des boutiques dédiées à chaque franchise imaginable occupent des immeubles entiers : Akihabara en est l'épicentre, avec ses étages thématiques consacrés successivement aux bornes d'arcade, aux jeux de combat, aux machines à pince, aux photomatons équipés d'accessoires de maquillage et de déguisements.

C'était une torture douce pour les enfants que de passer devant chaque vitrine sans pouvoir tout acheter.

Godzilla a eu droit à son propre pèlerinage. L'hôtel dédié à son univers, le café attenant, la statue en surplomb d'un immeuble de Shinjuku — tout a été vécu avec le sérieux qu'on réserve aux choses importantes.

Les cafés à thème ont occupé une place à part dans ce voyage.

On a trouvé des établissements où un barista réalise sur la mousse de votre latte un portrait de votre choix : personnage de manga ou photo qu'on lui soumet sur son téléphone.

On a évidemment montré nos chats. Le résultat était saisissant de précision.

Ces mêmes chats, d'ailleurs, ont eu droit à leur déclinaison en bar à félins, où l'on peut passer une heure en leur compagnie contre une consommation.

Le succès a été immédiat et prévisible (on a deux chats à la maison, et l'attirance était irrépressible).

On a en revanche choisi avec soin l'établissement, et décidé par la suite d'éviter tous les bars à animaux plus exotiques : capybaras, micro-pigs, et autres. La question de ce que ces lieux font de leurs pensionnaires quand ils ne sont plus assez attrayants ou assez en forme méritait d'être posée, même en vacances.

Dans la rue, les week-ends apportaient un spectacle différent et gratuit : des jeunes, et des moins jeunes, en kimono ou en yukata, des adolescentes en tenue cosplay, d'autres arborant le style lolita japonais dans sa version la plus appliquée : froufrous, dentelles, souliers vernis et ombrelles en dentelle blanche. Ce n'était pas de la performance touristique. C'était leur façon d'être dans la ville, un samedi.

Curieusement, dans ces mêmes rues, aucun animal errant. Aucune poubelle. Et une circulation automobile d'une fluidité presque irréelle pour une ville de cette taille.

 

Tout se tient, à Tokyo. Tout obéit à une discipline collective invisible, intériorisée, jamais imposée à voix haute.

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